Pékin entre chez Morgan Stanley
21 février 2008 – 10:33Le fonds souverain chinois CIC injecte 5 milliards de dollars dans l’établissement bancaire américain ébranlé par la crise.
C’était hier au tour du deuxième géant de Wall Street, la banque d’affaires Morgan Stanley, de faire la lumière sur ses comptes du quatrième trimestre arrêtés au 30 novembre. Et le tableau dressé par la firme dirigée par John Mack est sombre. En trois mois, Morgan Stanley a rayé, par des provisions sur ses actifs, quelque 9,4 milliards de dollars de valeur de ses comptes. Le montant est énorme puisqu’il est du même ordre que celui que l’on attend de la part de Citigroup. Ces provisions ont aussi une résonance d’autant plus forte que l’addition présentée par Morgan Stanley s’est alourdie de 5,7 milliards en l’espace d’un mois. C’est dire si, en novembre, la crise des marchés de crédit s’est aggravée. On comprend d’ailleurs mieux, à la lumière de tels chiffres, que les banques centrales nord-américaines et européennes aient multiplié les mesures d’urgence en décembre.
Pour Morgan Stanley, la dérive dans la valeur de ses actifs de crédits (subprime et produits structurés) signifie que ses comptes ont plongé dans le rouge. La firme accuse une perte de 3,5 milliards de dollars au quatrième trimestre. Sur l’ensemble de l’année, qui avait commencé en fanfare, le bénéfice se réduit à 3,2 milliards de dollars contre 7,4 milliards en 2006.
En gage de contrition, John Mack, « partisan de la rémunération selon les performances », a décidé de ne pas percevoir de bonus au titre de 2007. Il n’est pas sûr que ce geste de Mack the Knife (Mack le « Couteau », surnom gagné chez Credit Suisse First Boston où il s’était attelé à couper les coûts) soit suffisant. À Wall Street, la rumeur d’un prochain départ circule, alors que plusieurs très hauts dirigeants ont déjà dû quitter la banque ces dernières semaines.
Effet de ciseaux
Morgan Stanley a annoncé que le fonds souverain chinois, China Investment Corp. (CIC), allait investir 5 milliards de dollars. Cette injection d’argent frais prend la forme d’une obligation convertible en actions dans les deux ans. Pendant cette période, le prêt est rémunéré à un taux de 9 % qui aurait été jugé exorbitant il y a quelques mois encore. À terme, CIC se retrouvera à la tête de 9,9 % du capital de Morgan Stanley. « CIC pense que Morgan Stanley dispose d’un potentiel de croissance à long terme », a justifié le fonds souverain chinois qui, pour le moment en tout cas, ne prétend pas faire son entrée au conseil d’administration de la firme.Son arrivée permet de toute façon à Morgan Stanley de voir venir. Comme d’autres, la banque est confrontée à un redoutable effet de ciseaux sur son bilan : ses capitaux fondent sous l’effet des dépréciations, tandis que ses engagements se dilatent avec le rapatriement des financements dont les marchés de capitaux ne veulent plus. Résultat, Morgan Stanley doit renforcer son fonds propre. L’américain Citigroup et le Suisse UBS se sont déjà pliés au même exercice. Le premier a fait appel au fonds souverain d’Abu Dhabi tandis que le second a ouvert sa porte à celui de Singapour.
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